Bonjour,
je vais essayer de faire plus court que la dernière fois. Je souhaiterais revenir sur certains point que vous évoquez dans votre réponse.
Tout d’abord, le fait que le choix d’un modèle familial repose sur des croyances…Alors bien sûr, dans le cas du choix de VOTRE modèle familial à vous, vous pouvez ne vous reposer que sur de simples croyances. Vous êtes libres. Le problème ici c’est que l’on parle de légiférer sur la vie des autres. Et c’est bien dans ce cas là qu’il devient illégitime de se reposer sur SES croyances pour décider de leurs droits, vous en conviendrez. D’autant qu’encore une fois, il y a tout de même de nombreux cas empiriques comme vous dîtes, qui montre le bien être des enfants élevés hors du cadre père-mère. Je ne suis pas contre la théorie, mais si elle contredit les faits, elle doit être modifiée, ça ne me paraît pas une affirmation incroyable.
Ensuite, il y a de nombreuses choses que l’on sait empiriquement: en particulier que la famille est bien une construction sociale, puisque c’est un système de hiérarchie consciente des relations, qui crée et garde la trace de liens particuliers entre des personnes désignées. L’espèce humaine est bien la seule à avoir mis en place un tel système de traçage des liens, malgré tout très variable dans sa définition d’une époque à l’autre et d’une civilisation à l’autre, ce qui appuie encore son caractère social. (importance des liens de sang ou pas, polygamie (dont polyandrie!) ou monogamie, reconnaissance d’une appartenance familiale au delà du 1er degré ou pas, éducation des enfants par une cellule “familiale” ou en commun par toute la tribu, etc…). Qui plus est, le fait que seuls un homme et une femme puissent donner naissance à un enfant n’implique aucunement qu’ils doivent être en charge de son développement, ce n’est d’ailleurs déjà pas comme ça dans “la nature”, pour reprendre vos termes, où dans de très nombreuses espèces le géniteur ne participe pas la protection ou au développement des petits, et de nombreuses autres où l’unité de base de protection des petits est le groupe ou la meute. Plus encore, la nature n’inclut pas de notions de bien et de mal tout simplement. Dire d’une chose qu’elle est naturelle ne dit rien sur son caractère bon ou mauvais selon nos conceptions à nous. Or la prise ne charge humaine des petits ne repose pas seulement sur la protection mais surtout sur la définition du bien et du mal, la transmission de valeurs, de connaissances, de codes et sur le développement de relations affectives…ce que la biologie ne prévoit aucunement. Il s’agit d’éducation. Dès lors que vous parlez d’éducation, par définition vous parlez d’acquis et non plus d’inné, de social et non plus de biologique. Puisque par définition, si c’est inné, vous n’avez pas besoin de l’éduquer. Vous faites des erreurs de logique assez basiques: vous êtes subjectif parce que vous prônez un modèle et l’estimez supérieur, sans aucune démonstration et sans faits pour étayer cette idée. Moi je vous dit simplement: il existe d’autres modèles qui fonctionnent. Or, pour prouver une assertion qui commence par “il existe…”, et bien il suffit d’exhiber des exemples. Et des exemples il y en a partout autour de vous, sur ce site et sur d’autres, dans notre société, dans d’autres sociétés, dans les tribus d’Amérique du Sud ou d’Afrique, etc…C’est une observation objective.
Sur la différence des sexes, il existe tout de même des vérités empiriques. Déjà, elle ne peut impliquer de façon absolue une différence des rôles sociaux puisque justement ses rôles…sont sociaux! définis et promus dans un contexte social donné, intégrés dans l’éducation par une génération sur la suivante. Par ailleurs, on peut discuter longtemps des différences innées ou acquises entre les hommes et les femmes, il reste une vérité empirique indiscutable: on ne trouve PAS de différence psychologique/comportementale/.. absolue entre “les hommes” et “les femmes”. Tout ce que l’on trouve éventuellement ce sont des moyennes statistiques différentes pour chacun des groupes, avec toujours déviation standard importante, c’est à dire une proportion importante de chaque groupe qui s’écarte fortement de cette moyenne. Toute caractéristique dite “masculine” se retrouve en fait chez un nombre important de femmes, et est absente d’un nombre important d’hommes, et vice versa. Ce que j’essaye de vous faire comprendre c’est qu’une moyenne de groupe ne vaut pas pour un individu. Si une moyenne de classe est de 10,2/20, cela ne signifie pas que tout le monde à 10,2/20, d’ailleurs, il est même probable que personne n’ait cette note! C’est une moyenne…Donc lorsque q’un couple homme-femme particulier fait un enfant, il est fort peu probable que ce couple soit représentatif des moyennes “homme” et “femme” définies plus haut. C’est la société dans son ensemble qui est représentative des caractéristiques moyennes, pas les individus. Les individus, eux, sont représentatifs de la diversité (qui se maintient voire même augmente avec le temps et l’évolution des sociétés). Et à ce titre, les foyers homos autant que les hétéros…
En bref: “L’altérité homme-femme” perd toute définition, autre que physique, à l’échelle individuelle, c’est à dire à l’échelle de la cellule familiale perçue par un enfant donné. Si jamais elle a un sens, elle n’a de toute façon de sens qu’à l’échelle collective! ( Et encore, de nombreuses études ont montré que l’évolution des moeurs avait effacé ou fortement réduit les écarts entre hommes et femmes sur de nombreux points, ce qui montre bien l’influence du social sur ses moyennes. On constate aussi qu’elles sont variables d’une société à l’autre, etc… mais là, je suis d’accord, à chacun son avis, biologie et social ne s’excluent de toute façon pas l’un l’autre)
Pour toutes ces raisons, les critiques quant aux définitions a priori de ce que doit être un homme ou une femme ne constituent pas une négation d’une diversité, mais bien la reconnaissance d’une diversité bien plus large et bien plus complexe qui apparait dans les statistiques…Qu’il s’agisse d’un couple de deux femmes, deux hommes, ou un homme et une femme, ils ne sont pas les représentants de leurs caractéristiques de groupe. Il peut très bien y avoir plus de diversité dans le premier cas que dans le dernier…Dès lors l’idée d’imposer a priori que pour élever un enfant il faille un porteur de pénis et une porteuse vagin est une parfait contresens de ce que disent les statistiques. En toute objectivité!
Enfin, pour la PMA, vous semblez penser qu’elle doit venir régler un problème médical. Mais vous intégrez des pré-supposés sociaux sans même vous en rendre compte. Car si une femme reçoit une don de sperme parce que son mari est stérile, et bien je suis désolée, mais on ne vient pas palier un obstacle biologique ou naturel. La femme est parfaitement saine, elle pourrait très bien coucher avec un autre homme pour tomber enceinte. De plus, on ne règle rien pour l’homme, qui n’aura pas plus de lien biologique avec l’enfant que dans le cas d’une adoption, et qui restera stérile de toute façon. Ce que l’on vient palier c’est un obstacle social: importance de la fidélité dans ce couple, implications affectives de la sexualité, qui empêche la-dite femme d’aller voir ailleurs. Pour le cas de deux lesbiennes, c’est exactement le même problème que l’on entand palier. Aucune différence…
Ne soyez d’ailleurs pas si choqué que le corps médical vienne se mêler des corps sains. C’est déjà largement le cas dans le domaine de la procréation et de la sexualité: IVG, contraception, encadrement des femmes enceintes, péridurale, maintien du désir et d ela jeunesse après la ménopause etc…